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Suite Roman feuilleton . Chaos à Sénart . Trou N°2; Episode 4

Chaos à Sénart 

Trou N°2

Episode 4

Du green N°1 au départ du N°2, la pente est assez rude si l’on coupe sans prendre le chemin. Occupés de nos chariots, essoufflés, nous nous taisions. Au prétexte de noter les scores, Raphaël s’est arrêté sur la passerelle en bois qui surplombe la route et la voie du TZen.

  • Et toi, combien as-tu fait ?
  • Tu peux mettre une croix !

Nous avons laissé nos chariots sur les graviers dans la descente, n’emportant que nos drivers. Raphaël se servait du sien comme d’une canne. Était-il donc si fatigué ?!

Parvenus près des boules jaunes, nous avons aperçu de nouveau ceux qui nous précédaient. De nouveau, ils étaient à la recherche d’une balle expédiée « on ne sait où », de nouveau nous étions forcés d’attendre. Heureusement, ceux qui auraient dû nous suivre avaient renoncé à prendre le départ. Ils s’étaient « scratchés », aurait-on dit dans le jargon des initiés, qui est pour moitié dans leur plaisir de mettre un peu d’anglicisme dans la langue française…

Tant qu’à faire d’attendre que les personnes ignorant ce qu’est « jouer une balle provisoire » s’éloignent, autant que ce soit commodément : nous nous sommes assis sur le bord du départ, notre club entre les genoux.

  • Elle ne joue pas aujourd’hui Déborah ?
  • Si, j’ai vu son nom sur Chronogolf. Mais elle est partie beaucoup plus tôt.
  • Aucune chance de l’apercevoir ! Tu n’es pas trop triste ?
  • On la retrouvera sûrement au club-house.
  • Avec qui joue-t-elle ?
  • Il m’a semblé qu’elle était seule
  • Seule ? Et tu ne t’es pas précipité pour l’accompagner ?

Il m’a plaisanté encore un moment. J’ai répondu sur le même ton. Ce n’était pas les paroles qui comptaient, mais la complicité derrière elles. Heureux simplement d’être ensemble, nous prenions plaisir à ces banalités parce que nous n’étions pas dupes. Elles faisaient partie de nos rituels. Souvent elles étaient une halte où nous reposer, comme ce bord de ce départ où nous étions assis avant de renouer le fil de nos exploits golfiques.

Raphaël avait raison, cette fois, c’est moi qui ai pris un départ fulgurant. Lui, sans rater le sien n’est arrivé qu’une bonne quarantaine de mètres derrière moi. Nous sommes retournés vers nos chariots.

  • Est-ce qu’on t’a dit que Pilastre aussi s’intéressait à elle ?
  • On dit tant de choses ! Mais franchement, je ne crois pas. Et puis j’espère que Déborah a plus de goût que ça !
  • Jaloux ? Inutile : Pilastre on ne lui connait pas de maîtresse.
  • En effet. Il y en a même qui prétendent que son goût n’est pas celui des femmes. Sauf la sienne, à qui il a fait quatre enfants. De toute façon, il est bien trop malin pour afficher ses liaisons. Tu sais qu’il est membre d’un autre club, à soixante kilomètres d’ici. Ses fredaines, si fredaines il y a, c’est là-bas qu’il doit les faire.

Raphaël a joué, bien, ma foi ; mais il y avait plus loin des travaux et sa balle, après de curieux rebonds, et ce qu’il faut bien appeler des hésitations a fini par y rouler. Quand à la mienne, je l’ai expédiée dans la même direction, mais elle a eu le bon esprit de s’arrêter au bord du terrain praticable.

Souvent, je parle ainsi de mes balles, comme si elles avaient une volonté propre. Mais c’est qu’on finirait par croire qu’elles en ont une ! Il leur serait si facile parfois de choisir une trajectoire à peine différente, de s’arrêter quelques centimètres plus tôt ou au contraire de rouler quelques mètres plus loin ! Mais non, elles n’en font qu’à leur tête, elles semblent n’avoir été créées, si douces au toucher, si rondes et si plaisantes, si candidement blanches, que pour vous embêter. Rétives je leur prête (quelquefois très grossièrement…) ces obscurs desseins ; mais quand elles vont où je veux, je m’en attribue tout le mérite !

Raphaël a droppé gratuitement : sa balle est tombée si près de la mienne qu’un moment nous nous sommes demandés si nous allions pouvoir les jouer dans cette position. Puis comme aimantées l’une par l’autre, elles se sont retrouvées côte à côte une centaine de mètres plus loin.

  • S’il savait qu’on l’appelle toujours Pilastre tout court, en dépit de la peine qu’il se donne pour préciser chaque fois « Pilastre-Jubainville »! En insistant sur le « Jubainville »
  • Que veux-tu, c’est son passeport diplomatique. Mais la noblesse de sa femme ne parvient pas à masquer la roture de son âme.

Suite au prochain épisode !!

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