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Chaos à Sénart- Episode 17- Trou n° 8

 

Chaos à Sénart  

Episode 17 

Trou N°8

A l’approche du départ du départ du 8, nous avons rencontré Albert Mourier, sans sac ni clubs, l’air inquiet et affairé.

  • Auriez-vous aperçu Déborah Giaccobi ?
  • Non ai-je rétorqué immédiatement…

Puis pour éviter que Raphaël n’intervienne, j’ai ajouté :

  • Pourquoi ? Elle est censée être sur le parcours ?
  • Mais toute seule. Cela vous étonne je présume car ce n’est pas dans ses habitudes. En tous cas, je suis bien ennuyé. J’avais des choses importantes à lui dire de la part de son mari et je ne la trouve pas.

Lorsqu’ il était contrarié, passaient dans la voix de Mourier des tons et inflexions qui pouvaient laissés deviner ses mœurs. Sa gestuelle aussi surprenait, d’un seul coup trop marquée, trop enveloppante. Mais c’était assez bref et on n’était plus certains d’avoir remarqué.

  • Très bien, je vous laisse. Si vous la voyez merci de lui indiquer que je la cherche. Bonne partie !
  • Merci, nous ne manquerons de le lui dire.

Il n’avait pas  encore sorti son fer 7 que Raphaël m’interpellait :

  • Je ne comprends vraiment pas !! Pourquoi ne lui as-tu pas expliqué la situation ??
  • Je ne voulais pas foutre en l’air notre partie. Tu imagines, qu’il commence à s’indigner, à s’apitoyer, à nous demander des explications ?!
  • Quand tu le reverras, qu’il connaîtra la vérité, il t’en demandera !
  • Je lui répondrai que je n’avais pas voulu l’affoler ou que…j’imaginerai bien quelque chose. Mon expérience dans ces cas là ne me laisse jamais sans atout.
  • Est-ce à dire que tu mens avec beaucoup de naturel ?
  • Pas mentir vraiment…Disons que j’invente des arguments en vue d’une fin qui les dépasse. Pour revenir à la lumière, il faut parfois passer par des souterrains. Mais laisse tomber. On continue. J’ai l’honneur !

Je suis allé planter mon tee entre les deux boules jaunes, reculées presque jusqu’aux blanches. Mon coup a été parfait. A ma grande surprise, car souvent, je vais me perdre à droite dans les arbres et même quelquefois hors limites ! Raphaël au contraire, -mon attitude avec Mourier l’avait-il troublé- s’est retrouvé à droite vers le chemin presque à l’entrée de la passerelle qui enjambe le TZen !

Le golf est vraiment à l’image de la vie : succès et défaites se succèdent, vaches grasses et vaches maigres se relaient pour brouter l’herbe du rough ou le gazon des fairways. Pour moi c’était toujours ainsi. Tout pouvait me réussir, les coups manqués tournaient à mon avantage et même les erreurs grossières se rattrapaient aisément. Et le lendemain plus rien ne marchait : doutes, maladresses, découragements s’alliaient pour faire tout rater. Et malheureusement, aucune explication ! Certains auraient parlé de destin. Comme si les dieux s’étaient embarrassés, dès la genèse, de fixer le devenir des peuples et de la trajectoire des Titleist ou des Callaway fluo ! Je me disais plutôt que c’était le hasard, ça n’expliquait rien mais ça m’évitait provisoirement d’aller chercher plus loin ! On gamberge déjà assez dans la vie…

Bon en tous cas depuis le 6 j’étais carrément en état de grâce ! Par, Eagle, Birdie à venir ! Raphaël, lui, traversait la nuit obscure de l’âme chère à Jean de La Croix (!!)

Avant que nos routes ne se séparent, j’ai fait remarquer à Raphaël :

  • Ce qu’a dit Mourier confirme bien que le crime a eu lieu ce matin. Tôt.
  • Celles ou ceux qui ont vu Déborah devraient pouvoir donner une idée de l’heure.
  • Oui ça réduit indiscutablement le champ des recherches.
  • J’apprécierais de pouvoir en dire autant de ma balle ! A dit Raphaël e n rigolant.

Nous nous sommes éloignés l’un de l’autre.

De quelle commission si urgente Mourier était-il chargé ? L’époux de Déborah…Je ne le connaissais pas bien. Il jouait, mais pas souvent, occupé par son business, prétendait-il ; en fait, m’avait dit Raphaël, c’est qu’il n’y prenait aucun plaisir, étant, au contraire de Déborah, passablement doué. Qu’avait-il comme relations avec Mourier ? Les affaires ? Sans doute. Le monde est petit entend-on souvent, mais je pense plutôt que ce sont les classes et les milieux sociaux qui sont très étroits. Au club, tous se connaissaient et avaient affaire les uns avec les autres. J’étais un des rares « méconnus ». Pendant les banquets, les conversations m’échappaient en grande partie parce qu’on avait de cesse de faire allusion aux liens familiaux ou aux relations d’affaires  et que les noms des gens cités ne me disaient rien.Il est vrai que j’avais Raphaël. Adhérent à l’AS depuis quelques dizaines d’années, il connaissait toutes les sinuosités de sérail… Image appropriée, compte tenu de l’importance dans ce petit monde, des «agitations amoureuses ».Sauf qu’ici il n’y avait que des émirs et pas d’eunuques… !

J’observais pour savoir ou Raphaël en était de ses recherches. Il a levé le pouce pour m’indiquer qu’il avait retrouvé sa balle et qu’il allait faire son approche au-dessus du bunker. Je suis sorti du green pour ne pas le gêner.

Le mari de Déborah était banquier. Banque privée, pas connue du grand public, mais qui faisait des affaires  très florissantes. Pas toujours d’une blancheur irréprochable…Mais, personne n’avait jamais rien prouvé, et de toutes façons les lois sont à la fois si alambiquées et opaques, qu’entre agilité et iniquité la distinction est souvent illusoire…

Suite au prochain épisode ou l’on découvrira qui est vraiment Giaccobi le mari de Déborah !

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