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Chaos à Sénart. Roman feuilleton . Trou N°1. Episode 2

Roman feuilleton

Chaos à Sénart

Trou N°1

Episode 2

Au fond de l’horizon, à peine découpés sur le bleu presque blanc du ciel, les toits des bâtiments de la zone artisanale de Saint Pierre semblaient vaporeux. Le soleil était déjà chaud, l’herbe du premier printemps reverdissait après les agressions de l’hiver, les arbres avaient autour des branches comme une buée verte. C’était une belle journée pour être avec un ami, se promener, bavarder, taper de temps à autre dans une balle avec l’espoir qu’elle voudrait bien suivre la trajectoire rêvée, puis se consoler de ses caprices en contemplant le paysage arboré de notre golf.

  • Naturellement on ne sait pas pourquoi il l’a quittée
  • Il y a des rumeurs. Il y en a même tellement qu’on ne sait pas qui croire.

Dans ce petit univers de loisirs, dont les membres se connaissaient quasiment tous, se retrouvaient ailleurs par leurs affaires, leurs professions, leurs hobbies, leurs alliances, les indiscrétions circulaient à la vitesse de la lumière. Savoir ce qui bouillait dans la marmite du voisin, découvrir que le potage avait un goût douteux, était trop clair ou épaissi par des ingrédients suspects, quel plaisir !Ceux qu’on connaissait bien vous parlaient franchement, tout émoustillés de vous apporter une information inédite. Les autres, prudents mais désireux de montrer qu’ils étaient au courant, procédaient par allusions, sous-entendus. Tous avaient en commun de vous faire ces révélations «  sous le sceau du secret ». Je n’aime pas les commérages. Il m’arrive pourtant de m’y livrer pour en susciter d’autres en retour : dans les bunkers sablonneux des calomnies, on découvre parfois une pépite de vérité !!

Pendant deux ans, la liaison de Juliette et de Schnabel avait été une évidence. Toute la question avait été d’en connaitre la nature exacte. Pour la plupart, aucun doute ils étaient amants : on ne joue pas toujours ensemble, on ne prend pas ensemble tant de repas aux Terrasses ou au restaurant de l’hôtel voisin…Pour les autres, moins nombreux, c’était seulement de très bons amis. Il est vrai qu’on n’avait jamais surpris entre eux de gestes tendres, de paroles compromettantes, de mines complices. De surcroît ils se vouvoyaient. Jamais non plus on ne les avait vus quitter les club house ensemble ; ils utilisaient chacun leur voiture, évitaient de partir au même moment. Mais je me rappelais Ilie Botezariu : quand nous étions invités chez sa maîtresse, ils s’en allait avec nous à la fin de la soirée, montait dans sa voiture, faisait le tour du pâté de maisons, et revenait finir la nuit avec elle. En tout cas, Schnabel et Juliette donnaient bien le change.

On savait que Juliette voyait régulièrement la femme de Schnabel, en était peut être l’amie. Celle-ci ne jouait pas au golf, étant peu sportive et d’ailleurs handicapée par une santé délicate. Elle venait tout de même à l’AS dans les grandes occasions. Tout le monde la trouvait charmante. Elle l’était. Tout le monde la plaignait, souvent hypocritement, d’avoir un mari si volage et dominateur. Aussi dévouée qu’élégante, jouant à la perfection le rôle d’épouse aimante et comblée, elle donnait à ce mari, préoccupé surtout de réussite financière et mondaine, un surcroît de respectabilité. PDG d’une multinationale allemande, ex Général dans l’Armée de l’air, il ne lui manquait qu’une fonction politique pour avoir la surface dont il rêvait. Il en occupait une d’ailleurs sur le plan local. Mais c’est le niveau national qu’il ambitionnait d’atteindre. Dans sa stratégie pour la conquête du pouvoir, il englobait les conquêtes féminines. D’abord, aux yeux de beaucoup, elles diffusaient l’aura du vainqueur. En France, au nom de la morale, on critique souvent les hommes à  bonnes fortunes ; mais souvent on les envie, et toujours en secret, on les admire. Puis à travers elles , il tentait d’agir sur des pères, des frères, des amis , voir des maris…

Avec Juliette, la visée était moins claire. Étrangère, elle était étrangère à la politique. On ne lui connaissait pas de relations vraiment utiles  sur ce plan là. Après tout Schnabel ne l’avait peut-être choisie que pour l’agrément. Elle n’en manquait pas. Plus vraisemblablement, c’est elle qui l’avait conquis. Secrétaire de direction dans une firme italienne, son salaire même confortable, expliquait mal la Porsche noire et les toilettes multicolores…

A présent il s’éloignait, c’était tous sentiments mis à part, une perte sérieuse et après deux années de sécurité, il faudrait se remettre à tisser sa toile. Mais la mouche qui viendrait s’y prendre serait-elle aussi grosse, aussi nourrissante ?

Depuis un moment nous avions abandonné nos chariots au pied de l’escalier, rejoint l’aire de départ, celle des boules jaunes. Maintenant nous attendions. La joueuse du groupe qui nous précédait était manifestement assez maladroite. Elle procédait par petits bonds en zigzag. Elle s’était égarée dans les arbres à droite et avait fait un petit tour dans les deux bunkers proches. Des minutes semblaient des heures. Ce n’est pas moi qui me serait moqué d’elle : ses mésaventures étaient les miennes !

A suivre : bientôt !

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