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Roman feuilleton. Chaos à Sénart. Trou N°1. Episode 1.

Roman feuilleton

Chaos à Sénart

Trou N°1

Episode 1

A la dernière minute, on nous avait prévenus qu’elle ne viendrait pas. Elle n’a pas donné de raisons, ou le secrétariat est resté discret…Solidarité féminine. Bref, nous avons dû partir à deux. Dommage ! Parce que je l’aime bien cette Juliette Campany . D’abord elle est jolie, très jolie. Et puis elle a de l’esprit. Assez caustique certes, mais comme de mon côté…

Entre parenthèses, je viens d’apprendre qu’elle s’appelle en réalité Gigliotta Campani, qu’elle est Italienne, des environs de Naples ou de Capri, on ne sait pas au juste. Pourquoi donc a-t-elle francisé son nom ? Chez nous pourtant, les consonances exotiques  « sont un plus », comme dirait Amalrich Schnabel, qui ne manque jamais de ressasser avec son accent suisse autrichien les expressions à la mode. Alors ? Distinction plus grande de l’y ? Lassitude d’entendre son prénom prononcé à la française ? Désir d’échapper à d’anciennes connaissances, qui, de passage la chercheraient dans l’annuaire ? Je n’en finis pas d’aligner des raisons, même extravagantes. Parce qu’en fin de compte, extravagantes, souvent elles ne le sont pas. Déformation professionnelle ? N’empêche, il n’y a jamais besoin de creuser bien profond pour trouver, partout, de ces points d’interrogation, de ces minuscules mystères. Au bout de quelques minutes, tout le monde devient suspect, à commencer par soi-même. Suspect de quoi ? Mais de tout, voyons, puisque n’importe qui est capable de tout.

C’est à quoi je pensais en passant devant les fenêtres de l’accueil, poussant mon chariot, quelques pas derrière Raphaël, qui suivait le sien, électrique. Dépassée la fontaine, où des inconnus nettoyaient leurs clubs et leurs caddies à coup de brosses méticuleux en rageant sur le fait que les deux robinets ne peuvent pas marcher en même temps ( !) le chemin s’élargit avant le putting-green.

Je me suis porté à la hauteur de Raphaël et je lui ai fait part de ma découverte concernant Gigliotta. Il a trouvé la chose  parfaitement naturelle.

Ce refus de ne pas se prendre la tête a quelque chose de reposant. Non que Raphaël soit simpliste, et quand la chose en vaut la peine, il est capable de toutes les subtilités. Mais il refuse de commencer par elles. Moi au contraire…Plus d’une fois il m’a reproché d’être un esprit tordu. Non sans ajouter qu’il en avait été un lui-même. C’est  Emmanuelle qui l’a guéri avec le temps ! Pour m’excuser il explique mon attitude par mon métier ; on ne peut y prendre de la nature humaine qu’une vue cynique et désabusée. Et le sien, de métier ? Est-ce qu’un avocat ne passe pas sa vie dans les embrouilles ? Est-ce  que la première de ses qualités ne doit pas être, comme pour moi, la méfiance ?

Lui aussi trouve Juliette Campany très séduisante. Mais trop jeune. Depuis son veuvage, qui date maintenant d’une dizaine d’année, il a eu bien des liaisons. Mais à plus de soixante ans, il s’est interdit d’en nouer avec des femmes qui en avaient moins de cinquante. Une femme trop jeune ne lui apporterait pas la sécurité qu’il en attend, pire, elle lui donnerait des complexes en lui faisant sentir son âge dont par ailleurs, il n’a pas vraiment conscience. Comme Juliette n’a que trente-cinq, trente –six balais  à tout casser…

Cela ne l’a pas empêché de regretter son absence. Sur un parcours de golf  les déboires que le jeu ne peut manquer d’apporter sont agréablement compensés par le spectacle d’une jolie chevelure ou d’une paire de jambes mises en valeur par un bermuda bien coupé.

  • Est-ce qu’elle a une vie sentimentale tellement agitée ?
  • Moins qu’on ne le dit, sans doute, mais davantage qu’elle ne le montre.
  • Qu’est –ce qui te permet de l’affirmer ?
  • Je n’affirme rien, j’écoute, j’observe. En tous cas je n’ai pas eu besoin d’apercevoir un cheveu de Juliette, sur le blouson noir Footjoy de Schnabel, pour savoir qu’ils étaient amants.
  • Ni de voir sur sa figure à lui l’empreinte d’une main pour comprendre qu’il l’avait quittée…!

Nous étions devant le kiosque, au pied de l’escalier de départ du 1. Ma Garmin GPS blanche avec son bracelet à trous marquait 9 h 45 ; dans cinq minutes, ce serait à nous…

A suivre : prochainement !

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